Histoire du Camée

1600 Les Miseroni gravent le Camée et la Coupe

Coupe en forme de coquille, attribuée à Ottavio Miseroni (1600-1700)
© 2019 Musée du Louvre, dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier
Vénus et l’Amour, attribuée à Giovanni Ambrogio Miseroni (1600-1700)
© 1730 Kunsthistorisches Museum Wien, Kunstkammer © KHM-Museumsverband

Le camée et sa coupe furent gravés ensemble au début du XVIIe siècle par les Miseroni, célèbre famille milanaise de graveurs de pierre dure.
A Milan, les Miseroni travaillaient les métaux précieux et les pierres dures depuis plus d’un siècle, lorsque Gasparo (1518-1573) prit la tête de l’atelier familial, épaulé par son frère cadet Girolamo (1522-1600). Gasparo était un créateur très original, qui, modelant ses projets dans la cire, donnait toute liberté à son imagination fantasque avant de travailler la pierre sous la forme d’un véritable dialogue. Il créa un répertoire de formes nouvelles, organiques, indéfinissables, qui furent pendant un demi-siècle l’une des spécificités de la maison Miseroni. La coupe en forme de coquille attribuée à son frère Ottavio (1600-1700) en est l’illustration parfaite.
A Milan, Giovanni Ambrogio (1551-1616) prit la tête de l’atelier familial quand son père partit travailler au tabernacle de la chapelle de l’Escurial en 1584. Il semble avoir partagé son temps entre Milan et Prague et joua certainement un rôle central dans les débuts de l’atelier de la cour de Rodolphe II. Ses frères et lui furent anoblis par l’empereur en 1608.

1661 Première mention du Camée et la Coupe, dans l’inventaire du Cardinal Mazarin

Portrait de Jules Mazarin (1602-1661), Philippe de Champaigne
© 2000 RMN-Grand Palais (château de Versailles) / Gérard Blot
Grande nef d’héliotrope, attribuée à Ottavio Miseroni
© 2019 Musée du Louvre, dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier
Portrait de Louis XIV, Hyacinthe Rigaud
© 2020 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

En 1661 mourrait le cardinal Mazarin, le plus grand collectionneur de son temps. Parmi ses multiples trésors alors inventoriés se détache un splendide ensemble de 200 vases en pierre dure. Parmi eux figurent le camée et la coupe de Miseroni, décrits ainsi dans l’inventaire du cardinal : « Une grande tasse d’une seule agathe d’Allemagne en coquille, portée par un dauphin d’argent vermeil doré posé sur une coquille aussi d’argent vermeil doré, avecq son couvercle d’une autre grande coquille d’Allemagne, aussy en coquille, sur laquelle est entaillé une Vénus toute nue couchée sur un drap et un petit amour auprès entouré d’un bord d’argent vermeil doré ».
Trois vases de la collection attirent plus particulièrement l’attention par leur estimation très élevée, excédant les 2 000 livres. Il s’agit de la grande nef d’héliotrope, chef d’œuvre d’Ottavio Miseroni taillé pour l’empereur Rodolphe II, d’un rare vase antique monté en France à la Renaissance par Richard Toutain, et enfin du vase de Miseroni. A la mort de Mazarin, ces trois vases furent acquis par le roi Louis XIV et rejoignirent ainsi les collections royales. Si les deux premiers vases sont exposés au musée du Louvre aujourd’hui, au sein de la galerie d’Apollon, il n’en va pas de même du troisième.

1796 Le Camée sort des collections royales

La Grande Galerie du Louvre, entre 1794 et 1796
© 2004 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

A la Révolution, de nombreuses œuvres appartenant aux collections royales sont saisies et confiées au Museum, le futur musée du Louvre. C’est le cas du vase, qui avait été inventorié sous le n°376 parmi les Gemmes de la Couronne.
En 1796, le Directoire décida de payer certains créanciers de la République en nature avec des œuvres d’art provenant des anciennes collections royales. C’est ainsi que le 28 septembre 1796, Jacques de Chapeaurouge (1744-1805) reçut un ensemble considérable d’objets : 145 vases en pierre dure, 56 bronzes et quelques armes. Ce lot contient « une coupe ovale en forme de coquille godronnée, ornée d’un dauphin d’argent doré avec son couvercle orné d’un signe d’argent doré. Estimé 4000 francs ».
Nous perdons ensuite la trace de la plus grande partie de ces œuvres aliénées, dont le camée et la coupe de Miseroni.

1968 La coupe réapparaît dans une vente aux enchères

Gravure du numéro 376 sur le camée
© 2021 Collection particulière, avec l’aimable autorisation de Sotheby’s

Plus de cent cinquante ans après être passée en mains privées, la coupe réapparaît seule, lors d’une vente publique à Paris.
Ainsi, le 4 mars 1968, le musée du Louvre préempte et fait l’acquisition de l’œuvre. Aisément identifiable comme ayant appartenue aux Gemmes de la Couronne grâce au numéro 376 gravé sur sa monture, la coupe rejoint les collections nationales. Elle retrouve alors la splendide collection de vases en pierre dure, exposée actuellement dans la galerie d’Apollon.

2011 Le Camée est identifié et passe en vente

Vénus et l’Amour, attribuée à Giovanni Ambrogio Miseroni (1551-1616)
© 2021 Musée du Louvre, dist. RMN-GP / Hervé Lewandowski
Vénus et l’Amour et coupe en forme de coquille, attribuées à Giovanni Ambrogio Miseroni (1551-1616)
© 2021 Musée du Louvre, dist. RMN-GP / Hervé Lewandowski

Le camée n’était connu que par les descriptions d’Ancien Régime. C’est grâce à la publication de ces documents par Daniel Alcouffe dans le catalogue consacré aux Gemmes de la Couronne (Paris, 2001) que le couvercle put être identifié par son propriétaire.
En 2011, l’œuvre passa en vente à Londres. A ce moment-là, les fonds réunis par le musée du Louvre s’avérèrent malheureusement insuffisants pour en permettre l’acquisition. Dix ans plus tard, elle est à nouveau proposée à la vente et pourrait, grâce à vous, être définitivement réunie à la coupe.

Camée de Miseroni

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