Le projet
d'acquisition

Un Apollon de Pompéi présent en France depuis près d’un siècle

Répertoire de la statuaire grecque et romaine, tome V.1, Paris, Editions Ernest Leroux, 1924, p. 37, numéros 8-9.

Le lieu de découverte de ce bronze – Pompéi en Italie – est prestigieux. C’est à Salomon Reinach, brillant helléniste, ancien membre de l’École Française d’Athènes et conservateur du musée de Saint-Germain-en-Laye, que l’on doit cette information. Elle figure dans son Répertoire de la statuaire grecque et romaine, paru en 1924. Salomon Reinach, qui était très au fait de la circulation des œuvres antiques à son époque, y signale cette grande statuette de 68cm comme se trouvant en 1922 à Paris dans la collection de Xavière Durighello et comme provenant des « Environs de Pompéi ».

Anonyme, Portrait de Salomon Reinach (1858-1932), vers 1900, Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale. © RMN-Grand Palais (musée d'Archéologie nationale) / Loïc Hamon

Une photographie ancienne montre l’Apollon, avant nettoyage, encore recouvert de concrétions. Il apparaît dans l’état que nous lui connaissons actuellement lors de sa vente en juin 1925 après le décès de Joseph-Ange Durighello (1861-1924), l’époux de Xavière. C’est alors qu’il a été acquis par un membre de la famille des propriétaires actuels. Il est ainsi sur le sol français depuis près d’un siècle et a été classé Trésor national à sa réapparition sur le marché de l’art en 2017.

Un chef-d’œuvre préservé grâce à l’éruption du Vésuve

Si elle n’avait pas été ensevelie sous la cendre du volcan en l’an 79, cette œuvre aurait très vraisemblablement subi le sort de la majorité des bronzes grecs et romains, qui sont connus le plus souvent, encore que partiellement, par des sources littéraires et épigraphiques antiques ou par des répliques, essentiellement romaines, en pierre. Les bronzes conservés sont extrêmement rares alors qu’ils se comptaient par milliers. Les raisons de leur disparition reposent en grande partie sur la possibilité de les refondre, une refonte survenue quelques années seulement ou plusieurs siècles après leur création, afin de récupérer les métaux purs ou alliés qui les composaient.
Les œuvres parvenues jusqu’à nous ont échappé à la refonte car elles avaient disparu fortuitement bien avant la fin de l’Empire romain, à cause de tremblements de terre, d’incendies ou du naufrage des bateaux qui les transportaient. Exhumées ou repérées dans la mer, leur découverte demeure aléatoire.

Apollon de Piombino, bronze, H. 115 cm, 4e quart du IIème siècle av. J.-C, Paris, musée du Louvre, retrouvé en mer au large de Piombino en Italie. © RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Maison du Faune (Casa del Fauno) : vue de l'impluvium avec au centre une copie de la statuette du Faune dansant, Pompéi. © Archives Alinari, Florence, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Tatge
Photographie de l’Apollon avant 1925 (avant nettoyage). © Droits réservés

Un des rares vestiges du décor statuaire des demeures pompéiennes

La conquête des cités grecques antiques et l’envoi à Rome d’innombrables œuvres pillées – sculptures, peintures de chevalet, pièces de vaisselle, de mobilier et d’orfèvrerie –, présentées lors des triomphes des généraux vainqueurs, ont progressivement fait vaciller les valeurs d’austérité et de sobriété qui fondaient la République romaine : les Romains s’ouvrent à l’art et vont rechercher, pour décorer palais, maisons, édifices publics et thermes, les œuvres qu’ils méprisaient auparavant, aussi bien les créations originales que leurs répliques et adaptations produites par des ateliers de copistes.
Dès le Ier siècle avant notre ère, les cargaisons des épaves antiques témoignent de l’intensité du trafic maritime d’est en ouest, un trafic qui répondait à la demande des Romains les plus fortunés. Par ailleurs, les fouilles menées depuis le XVIIIe siècle dans les cités détruites par l’éruption du Vésuve – elles se poursuivent encore aujourd’hui – permettent de mieux cerner le programme décoratif des demeures les plus imposantes.

Apollon, peinture à fresque, 2e moitié du Ier siècle ap. J.-C, Paris, musée du Louvre, retrouvé à Pompéi dans la villa Julia Felix. © 2006 Musée du Louvre / Peter Harholdt

Le décor statuaire des villas romaines comportait, outre des statues et statuettes en marbre, des figures de bronze, réparties entre les différentes pièces de réception et les jardins, péristyles, bassins : figures mythologiques, répliques d’œuvres célèbres, portraits…
Mentionnons par exemple la villa dei Papiri, découverte en 1750 à Herculanum, qui a livré le programme statuaire le plus exceptionnel et le plus complet connu à ce jour : plus de soixante-cinq bronzes et vingt-sept sculptures de marbre (musée archéologique national de Naples) y ont été exhumés. La villa, qui appartenait à la famille des Pisons – Lucius Calpurnius Piso Caesoninus était le beau-père de Jules César – a vraisemblablement été construite durant le troisième quart du Ier siècle av. J.-C. Mentionnons également la statuette de satyre dansant en bronze, qui a donné son nom à la villa du Faune de Pompéi, datée de la fin du IIe siècle av. J.-C., ou encore les nombreux porteurs de lumière qui devaient, à la nuit tombée, illuminer les salles de banquet. Les Lychnouchoi de Mahdia étaient conçus pour alimenter en huile un dispositif d’éclairage en forme de flambeau. D’autres œuvres – éphèbes ou divinités – tenaient des rinceaux qui accueillaient des bougies ou supportaient des plateaux sur lesquels pouvaient être disposées des lampes. D’autres encore, dotées d’anneaux dans le dos pour les accrocher au plafond, voletaient au-dessus des convives, tel l’Éros citharède de Mahdia.

Mercure, bronze, H. 84 cm, fin du Ier siècle av. J.-C – Ier siècle ap. J.-C, Paris, musée du Louvre, retrouvé à Herculanum. © 2011 Musée du Louvre / Thierry Ollivier
Hercule, bronze, H. 62 cm, 1ère moitié du Ier siècle ap. J.-C, Paris, musée du Louvre, retrouvé à Herculanum. © Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Thierry Ollivier

Le musée du Louvre conserve deux figures en bronze, de dimensions comparables à celle de l’Apollon citharède, qui évoquent le programme statuaire des demeures romaines. Il s’agit d’un Mercure et d’un Hercule, découverts au XVIIIe siècle à Herculanum et donnés à Bonaparte en 1803 par Ferdinand IV, roi de Naples et des Deux-Siciles, puis exposés au château de Malmaison jusqu’à la mort de Joséphine en 1814. L’acquisition de l’Apollon citharède viendrait compléter ce très petit corpus d’œuvres antiques d’exception, mises au jour dans des villas détruites par l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C.

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