Plusieurs indices, qui se conjuguent, permettent de reconnaître dans cette figure juvénile masculine Apollon, dieu grec des arts, du chant, de la musique, de la beauté masculine et de la lumière : la coiffure sophistiquée associée à la nudité, la position des bras, l’élément incurvé visible dans la main droite, et les traces laissées sur le côté gauche par un objet de grande envergure, aujourd’hui disparu.

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La coiffure, Apollon Citharède
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La
coiffure

Les mèches épaisses, réparties de part et d’autre d’une raie médiane, sont relevées au-dessus des tempes puis glissées sous le bandeau qui ceint la tête, avant de s’enrouler pour former un chignon (crobylos). Deux mèches bouclées échappent à cet agencement raffiné pour retomber sur les épaules de chaque côté du cou ; d’autres, plus fines, se répartissent sur le front et à la naissance de la nuque.

La statuette a été obtenue par le procédé complexe de fonte en creux à la cire perdue sur négatif, en plusieurs pièces (au moins la tête, les bras, le torse avec la jambe droite d’appui, et la jambe gauche) coulées à part et soudées entre elles. Les mèches parotides (de part et d’autre du cou) ont également été coulées séparément en fonte pleine puis soudées à la chevelure. Pendant près de mille ans (Ve siècle avant notre ère - Ve siècle de notre ère) les bronziers ont su souder entre elles, sans difficulté apparente et de manière invisible, des parties coulées indépendamment.

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Les yeux, Apollon Citharède
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Les
yeux

Les orbites, aujourd’hui vides, indiquent que les yeux étaient travaillés à part. Leur disparition fréquente s’explique par la fragilité du dispositif – les yeux étaient introduits depuis l’extérieur et fixés à l’aide de substances adhésives (bitume) – et par la préciosité des matériaux employés, qui attirait les pilleurs antiques.

À l’époque romaine, l’artisan qui fabriquait les yeux (le faber oculariarius) avait un statut proche de celui des orfèvres. D’après quelques exemples préservés, le globe oculaire (en marbre, en ivoire ou en albâtre) était enchâssé dans des tôles de cuivre pur, découpées à leur extrémité pour figurer les cils. L’iris et la pupille, cerclés de métal (cuivre ou or) ou d’un anneau de verre, et la caroncule lacrymale pouvaient être en pierre de couleur ou en pâte de verre.

Le bronze, Apollon Citharède
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Le
bronze

Au sortir de l’atelier, après polissage final, le bronze, un alliage de cuivre et d’étain, avait une couleur proche de celle d’un or rosé. Sa teinte actuelle est liée à la corrosion naturelle qui s’est développée durant les siècles d’enfouissement de la statuette.

Le torse, Apollon Citharède
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Le
torse

La musculature peu affirmée de la statuette et son caractère presque androgyne l’inscrivent dans un courant artistique attesté durant la seconde moitié du IIe siècle avant J.-C., à la fin de l’époque hellénistique. On peut ainsi le comparer à plusieurs figurines en terre cuite d’Éros, mises au jour dans la nécropole de Myrina (Turquie actuelle) : on y retrouve les mêmes cuisses pleines, le léger embonpoint et la poitrine étonnamment développée pour des figures masculines.

Ce style particulier est également illustré par deux supports de lumière (Lychnouchoi) en bronze, trouvés, comme l’Éros citharède, dans l’épave antique de Mahdia (Tunis, musée du Bardo). Le premier est un Éros, reconnaissable à ses ailes, le second, issu du même prototype, un être aptère (sans ailes), simple figure masculine ou Hermaphrodite. Tous deux présentent une morphologie semblable à celle de l’Apollon, avec notamment le même torse gynoïde.

Le plectre et la Cithare, Apollon Citharède
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Le plectre
et la Cithare

La main droite tient le plectre, une baguette qui servait à faire vibrer les cordes d’une cithare. Le lourd instrument s’appuyait sur le torse par l’intermédiaire d’un élément de fixation, circulaire et en relief, et sur la cuisse gauche.

La main gauche se refermait sur l’un des montants. Un Éros citharède (Tunis, musée du Bardo), retrouvé dans l’épave antique de Mahdia au large des côtes tunisiennes, montre ce type de cithare et la manière de la tenir pour en jouer.

La fonction, Apollon Citharède
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La
fonction

Sans pouvoir entièrement exclure un contexte religieux privé, il est vraisemblable que l’Apollon citharède appartenait au programme décoratif de l’atrium, du triclinium ou du jardin d’une villa romaine des environs de Pompéi. Dans la tradition des maisons hellénistiques, attestée notamment sur l’île de Délos en Grèce, nombreuses étaient en effet les « figures d’appartement », dénommées ainsi à cause de leurs dimensions moyennes.

Elles étaient destinées à l’agrément des propriétaires et de leurs invités. Il s’agissait d’œuvres originales ou de répliques.

Les restes de plomb sous le pied gauche de l’Apollon indiquent que la figure était fixée non sur une plinthe en bronze mais sur un support en pierre, une base quadrangulaire qui était peut-être irrégulière afin d’introduire l’œuvre dans un univers paysagé.

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