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Camées du Louvre – Le camée de Méduse

Aujourd’hui, intéressons-nous à un nouveau camée conservé au musée du Louvre : le camée de Méduse, issu des collections royales.

« Louis XIV aima passionnément les pierres dures, tant les vases, qui sont aujourd’hui à la galerie d’Apollon que les camées et intailles antiques. Il se fit fort de construire une collection dans ce domaine, à partir des quelques pierres provenant de ses prédécesseurs et de son oncle Gaston d’Orléans (collection qui avait elle-même pour noyau celle constituée par Louis Chaduc en Italie quelques décennies plus tôt). La collection royale, comptant un peu moins de cinq cents pièces au début du règne, fut constamment accrue par l’achat de collections complètes ou de pièces importantes isolées. Le Roi aime les manipuler et les étudier ; il fit réaliser pour les plus importantes de somptueuses montures en or émaillé par Josias Belle.

Ce camée avec la tête de Méduse est connu depuis 1681, date où il fut apporté depuis le Garde Meuble de la Couronne, mais l’on ignore sa provenance et les circonstances de son acquisition. Il est d’une taille exceptionnelle pour un camée, surtout pour un camée de ce sujet. En effet, la tête de Méduse avait des fonctions protectrices et l’on la portait sur sa cuirasse ou sur une bague au doigt : de nombreux exemples antiques en sont conservés, le plus souvent dans des calcédoines bleuâtres, peut-être choisies pour leur pâleur mortelle. Il est difficile d’imaginer la fonction de ce grand camée : le seul qui soit approchant par la taille et l’iconographie est bien différent, puisque il s’agit du revers de la célèbre « Tazza Farnese », un vase sculpté à Alexandrie sous les Ptolémées et aujourd’hui conservé au musée archéologique de Naples. Notre camée est loin d’atteindre la perfection de chef d’œuvre. Le choix de la pierre ici, comme le rapport libre, pour ne pas dire vague, que le sculpteur entretient avec sa structure en couches nous incite à voir là une œuvre du IIIe siècle ap. J. C. Cette taille exceptionnelle est peut-être la raison pour laquelle le camée fut inventorié parmi les « Gemmes de la Couronne », c’est-à-dire les vases, et se trouve au Louvre aujourd’hui, alors que la collection royale de glyptique est conservée au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale de France. »*

 

Admirez cette œuvre dans la Galerie d’Apollon du musée du Louvre (aile Denon, niveau 1, salle 705) ou découvrez là plus en détail sur le site des collections du Louvre

*Texte de Philippe Malgouyres, conservateur en chef du département des Objets d’Art du musée du Louvre.